La maladie dentaire chez le lapin

Stasia lapin histoire

La maladie dentaire est souvent multifactorielle.

Chez les lapins en bonne santé, les dents poussent constamment. C'est la raison pour laquelle ils peuvent développer des problèmes dentaires durant toute leur vie. Lorsque le lapin mange de la verdure ou du foin, ses dents s'usent grâce aux mouvents horizontaux de la mâchoire et aux fibres abrasives que leur nourriture contient.

Les lapins n'ont pas de racines dentaires à proprement parler, car une nouvelle substance se forme continuellement à la base de leurs dents en croissance. Du point de vue anatomique, les dents ont une couronne clinique, visible au-dessus de la gencive, une couronne de réserve, sous la gencive et dans l'os alvéolaire, et un apex, ou racine ouverte, où se trouve la matrice germinale.

Les manuels distinguent 5 stades de maladie dentaires, mais les symptômes peuvent s'entrecroiser. L'essentiel, c'est l'état général du lapin et les soins apportés et non le numéro du stade. À une certaine étape, les dents cessent de croitre. Cette période pourrait apporter un soulagement au lapin et à son humain, car les limages, parfois fréquents, ne sont plus nécessaires.

La parodontite, ou un élargissement ou une inflammation de l'espace parodontal semble être l'une des signes avant-coureurs les plus fréquents observées à l'imagerie lors d'une maladie dentaire naissante.

La maladie dentaire commence par une élongation des racines (couronnes de réserve) et de couronnes cliniques de dents (la dent visible). Chez certains lapins, cette élongation peut être latente et imperceptible tandis que les changements dentaires relèvent d'un stade plus avancé. L'élongation rétrograde des racines des dents maxillaires peut comprimer, percer ou obstruer le canal nasolacrymal. Elles peuvent aussi pénétrer dans l'orbite. Les racines des dents mandibulaires peuvent pousser dans l'os de la mâchoire. Avec la progression de la maladie, une détérioration générale des dents survient ; les dents deviennent irrégulières, mal alignées, dévient de leur position naturelle, perdent l'émail et changent de couleur. Le dernier stade est l'apparition d'abcès et de l'ostéomyélite. Il arrive que la dent se fusionne avec l'os alvéolaire en formant un bloc entier (ankylose), et l'extraction devient impossible ou très difficile.

Plusieurs lapins vivent bien même en ayant le dernier stade de maladie dentaire. Avec des soins constants, bien sûr. La clé est la nourriture adaptée, des antibiotiques si une infection dentaire est présente et des opérations et extractions dentaires lorsque c'est nécessaire.

Lorsque la maladie dentaire commence, elle est considérée comme irreversible la plupart du temps et progressera probablement avec le temps, mais le rythme de progression s'altère d'un lapin à l'autre. Aucune modification de diète ne pourra effacer la maladie dentaire, mais elle pourra ralentir la maladie dentaire ou prévenir son aggravation.

Néanmoins, changer de diète chez le lapin qui a déjà une maladie dentaire n'est souvent pas faisable. Car, souvent, le lapin refuse de manger du foin parce qu'il a mal lorsqu'il le mâche. On peut essayer de lui donner de l'herbre fraîche, des pissenlits et des plantains si on a accès aux plantes non contaminées par l'urine d'autres animaux. Sinon, il est possible de remplacer le foin par de la verdure comme salade, endive, herbes fines, etc.

Plusieurs articles et textes sur le site de cliniques vétérinaires affirment que la maladie dentaire survient principalement en raison du manque de nourriture abrasive et que la génétique en est rarement la cause. Cependant, il y a des lapins auxquels leur humain propose du foin et de la verdure, et qui développent tout de même des problèmes dentaires. Il y a des lapins qui refusent de manger du foin dès le début de leur arrivée à la maison. Il est bien sûr possible d'essayer de lui proposer plusieurs sortes de foin en espérant qu'il est question de ses gouts. Mais il se pourrait aussi que le lapin ressente déjà de l'inconfort ou ait du mal en mâchant du foin dur. Alors que mâcher des herbes ou de la verdure, souples et contenant de l'eau, est plus facile pour lui. Si c'est le cas, il ne faut pas insister et causer une souffrence inutile. Malheureusement, il est difficile de distinguer entre ces deux cas au début.

Parmi toutes les races, les lapins béliers et nains, en particulier ceux moins de 1-1,5 kg, sont plus souvent atteignts de maloccusion congénitale ou de la maladie dentaire. Les éleveurs ont créé des races ayant une forme du crâne plus arrondi que celle chez les lapins sauvages. En même temps, la taille des dents n'a pas beaucoup changé. Par conséquent, chez les lapins domestiques, les dents se trouvent dans un moindre espace, et la malocclusion est plus susceptible de survenir.

La tête des lapins domestiques est plus haute et plus courte tandis que celle des lapins sauvages est plus plate et plus longue, ce qui altère la pression des muscles masticateurs. Chez les lapins sauvages, la force est répartie plus uniformément entre les molaires.

Plusieurs articles maintiennent que les lapins sauvages ne développent pas la maladie dentaire. Deux facteurs sont mentionnés : soleil et herbe. Mais Il se pourrait aussi que tout simplement, les lapins sauvages ne vivent pas assez longtemps pour développer la maladie dentaire. Ou s'ils la développent, ils en meurent rapidement. Car ils n'ont pas de humain attentionné qui leur préparerait de la mixture Sherwood recovery food ou leur râperait une endive ou du céleri, et les amenerait chez le vétérinaire. Dans la nature, le lapin qui ne peut pas manger meurt rapidement.

Une étude a montré que le type de nourriture influence le développement des muscles masticateurs chez les jeunes lapins après le sevrage. En revanche, la mastication d'aliments plus résistants, comme le foin, ne change pas la forme de sa tête, ni les mouvements de sa mâchoire. Il faudrait aussi que le lapereau reçoive de la nourriture appropriée dès le sevrage. Plus le lapin vieillit, moins ses muscles et ses os sont capables de s'adapter.

Au début, les dents des lapins principalement nourris avec des granulés ou extrudés s'adaptent au manque de fibres abrasifs. Les lapins compensent en masticant plus longuement. Le tissu germinal s'adapte lui aussi et change le rythme de grandissement de dents. Les dents de ces lapins poussent plus lentement que les dents du lapin nourri avec du foin ou de l'herbe. La maladie dentaire ne se développe pas du jour au lendemain. Plusieurs mois, voire des années, s'écoulent jusqu'à l'apparition des premiers signes de la maladie dentaire. Par contre, les muesli, avec ou sans foin, causent assez rapidement des problèmes dentaires naissants.

Estella Bohmer démontre dans ses textes que les herbes fraiches et la verdure feuillue — et non le foin avec sa texture sèche et cassante — sont la meilleure nourriture pour les lapins. Car en mangeant du foin, le lapin doit effectuer des mouvements verticaux afin de l'écraser. Ces mouvements verticaux agissent comme des coups de marteau. Ils enfoncent les dents dans l'os alvéolaire et compriment le ligament parodontal. Ainsi commence la maladie dentaire. Alors qu'en mâchant des herbes fraiches, des feuilles et des herbes aromatiques, le lapin fait des mouvements horisontaux — ceux qui usent les dents. Les lapins ont donc besoin de verdure que leurs dents peuvent broyer de façon adaptée à leur espèce, et les dents doivent bouger latéralement (horizontalement) et non axialement (verticalement). Le foin ne doit pas être leur alimentation principale. L'herbe fraîche contient également des phytolithes (micro-cristaux de silice) qui agissent comme du papier de verre naturel. Cette combinaison de silice et de mastication latérale aide à l'usure parfaite.

Cependant, l'option de nourrir son lapin à l'herbe convient surtout aux gens ayant un jardin clôturé. Si le gardien vit en appartement en ville, ramasser de l'herbe à l'extérieur peut être une mauvaise idée, car habituellement, beaucoup de chiens utilisent des espaces verts pour faire leurs besoins. Même si on lave bien l'herbe, les pissenlits et les plantains cueillis, le risque de transmission des parasites est élevé. Il ne faut pas non plus cueillir dans les régions où il y a l'éclosion et la propagation des viruses de la maladie hémorragique du lapin ou de la myxomatose. Ainsi, la verdure et le foin restent le meilleur choix pour ceux qui n'ont pas accès aux herbes fraiches. De plus, le foin (l'herbe aussi) est la meilleure façon de prévenir les stases gastriques.

Bien que les études puissent être utiles et aider les gardiens de lapins, la santé et la vie des lapins qui participent à lds études ne sont pas moins importantes que celles de nos lapins domestiques. Les conclusions devraient être tirées en observant les lapins et non en sacrifiant certains d'entre eux.

Selon les manuels, un manque de calcium peut altérer la santé des os, incluant les os du crâne et aboutir à une maladie dentaire. Pourtant, si le gardien donne de temps en temps du persil ou du chou frisé ou un peu de granulés de bonne qualité, le lapin ne devrait pas en manquer.

Un manque de vitamin D peut dérégler l'absorbtion de calcium. Il est vrai que plusieurs lapins domestiques ne sortent pas à l'extérieur. Mais s'ils mangent du foin séché au soleil ou un peu de granulés enrichis de vitamines et de mineraux, ou si le gardien ouvre de temps en temps les fenêtres, les lapins ne devraient pas manquer de vitamine D non plus. Aussi, chez les lapins, si leur nourriture contient suffisamment de calcium, celui-ci est absorbé presque totalement même sans participation de la vitamine D. Elle est nécessaire seulement s'il y a peu de calcium dans la nourriture. Une étude menée en Finlande a montré que les lapins sauvages avaient des taux de la vitamine D très bas, et ils étaient apparemment en bonne santé.

Un excès de vitamines et de mineraux est plus dangereux que leur manque.

Les sujets énumérés sont surtout des points à réfléchir et à prendre en considération. Si on fait des changements, il faut les faire de manière sécurisée.

Sources :

« Notes on rabbit internal medecine » Richard A Saunders, Ron Rees Davies

« Serum vitamin D concentrations in rabbits (Oryctolagus cuniculus) are more affected by UVB irradiation of food than irradiation of animals » J. Mäkitaipale, H. Opsomer, R. Steiner, B. Riond, A. Liesegang, M. Clauss, J.-M. Hatt

« Shape Variation in the Craniomandibular System and Prevalence of Dental Problems in Domestic Rabbits: A Case Study in Evolutionary Veterinary Science » Christine Böhmer, Estella Böhmer

« Growth and Wear of Incisor and Cheek Teeth in Domestic Rabbits (Oryctolagus cuniculus) Fed Diets of Different Abrasiveness » Jaqueline Müller Marcus Clauss, Daryl Cordon, Ellen Schulz, Jürgen Hummel, Mikael Fortelius, Patrick Kircher, Jean‐Michel Hatt

« Low 25‑hydroxyvitamin D concentrations in wild rabbits (Oryctolagus cuniculus) in southern Finland » Johanna Mäkitaipale, Pinja Hietanen, Thomas Grönthal

« Dietary Consistency and Plasticity of Masseter Fiber Architecture in Postweaning Rabbits » Andrea B. Taylor, Kelly E. Jones, Ravinder Kunwar, Matthew J. Ravosa

« Odontogenic Abscesses in Pet Rabbits: A Comprehensive Review of Pathogenesis, Diagnosis, and Treatment Advances » Smaranda Crăciun, George Cosmin Nadăş

« Ferrets, rabbits and rodents. Clinical medecine and surgery » Katherine E. Quesenberry, James W. Carpenter

« Maladies dentaires. Kaninchenwiese » Viola Schillinger

« La vitamine D en élevage intérieur. Kaninchenwiese » Viola Schillinger

« Impact of diet on incisor growth and attrition and the development of dental disease in pet rabbits » A. L. Meredith, J. L. Prebble, D. J. Shaw

« Tooth wear, growth and height in rabbits (Oryctolagus cuniculus) fed pelleted or extruded diets with or without added abrasives » Louise F Martin, Nicole L Ackermans, Troy N Tollefson, Patrick R Kircher, Henning Richter, Jürgen Hummel, Daryl Codron, Jean-Michel Hatt, Marcus Clauss