La pénicilline chez le lapin
Les injections de pénicilline (duplocilline, pénicilline G et d’autres formes) sont utilisées lors des abcès dentaires, otites et syphilis du lapin, ou tréponématose.
Les abcès dentaires sont polymicrobiens : ils contiennent plusieurs bactéries différentes, aérobies et anaérobies. Beaucoup d’entre elles peuvent être sensibles à la pénicilline. Certaines ont appris à produire des bêtalactamases, enzymes permettant de résister aux antibiotiques de la famille des bêta-lactamines, à laquelle appartient la pénicilline.
La pénicilline cible de nombreuses bactéries gram-positives, anaérobies et aérobies, et quelques bactéries gram-négatives, par exemple Pasteurella spp. La pénicilline est aussi efficace contre les anaérobies obligatoires, mis à part celles qui produisent des bêtalactamases.
Les bactéries sont classées selon la structure de leur paroi (gram-positives et gram négatives) et le besoin en oxygène (aérobies strictes, anaérobies strictes, anaérobies facultatives, anaérobies aérotolérantes, microaérophiles). La paroi des gram-positives est composée d’une épaisse couche de peptidoglycane. Cette dernière est plus fine chez les gram-négatives, mais elle est protégée par une membrane interne et une membrane externe, ce qui rend leur paroi plus difficile à traverser pour les antibiotiques.
Lorsque les vétérinaires soupçonnent un abcès dentaire dans l’os de la mâchoire ou une otite interne, non visible de l’extérieur, ils prescrivent souvent des injections de pénicilline. Lorsque c’est possible, il est préférable de prélever la coque de l’abcès, la dent infectée et le pus afin de réaiser une culture. Le pus peut contenir des bactéries vivantes, mais dans la moitié des cas il s’avère stérile.
Les lapins sont des herbivores coprophages : ils mangent leurs cæcotrophes. Leur bouche contient donc naturellement des bactéries intestinales. Ainsi, la culture du pus provenant de la poche d’une molaire peut présenter des bactéries de la famille Enterobacteriaceae et Bacteroides fragilis, ou Pseudomonas et Acinetobacter, qui ne sont pas forcement les véritables pathogènes de l’abcès. De plus, le rapport peut ne pas identifier cettaines bactéries importantes comme Streptococcus milleri et Actinomyces, difficiles à détecter, mais fréquemment impliquées dans les abcès dentaires.
On distingue deux types de cultures : culture bactériologique (avec antibiogramme) et séquençage d’ADN Midog. Lors d’une culture bactériologique classique, il est possible de faire un antibiogramme pour les bactéries aérobies et, séparément, un antibiogramme pour les anaérobies. La détection des anaérobies strictes est plus complexe, car elles ne peuvent pas survivre à l’air et nécessitent des conditions spécifiques sans oxygène lors du prélèvement, du transport et de l’antibiogramme.
Les résultats de culture peuvent parfois être trompeurs. Il arrive que le véritable pathogène ne soit pas identifié, et qu’un antibiotique, inefficace selon la culture, soit actif contre les bactéries principales.
La pénicilline ne doit jamais être administrée par voie orale, car elle peut provoquer une diarrhée potentiellement fatale. Seules les injections de pénicilline sont considérées comme sécuritaires. Après l'injection, il est important de vérifier qu’il ne reste pas de gouttes de pénicilline sur la peau ou les poils du lapin. Si c’est le cas, nettoyer avec un coton d’ouate humide.
La pénicilline injectable est généralement vendue sous forme de suspension épaisse. Le flacon doit être conservé au réfrigérateur. On peut le sortir un peu à l’avance et le réchauffer en le tenant dans les mains. Avant l’injection, bien secouer le flacon. Après avoir aspiré le médicament, changer d’aiguille et jeter la première, car la pénicilline peut s’épaissir et obstruer l’aiguille au contact du métal. Il est plus facile d’utiliser des aiguilles de calibre plus petit (diamètre plus grand). Les gauges 18 - 22 G sont un bon choix. Si possible, choisir des aiguilles plus courtes.
Afin d’effectuer l’injection, former une « tente » en tirant la peau du cou vers le haut. Introduire l’aiguille en veillant à ne pas traverser les deux couches de peau et à rester dans l’espace sous-cutané. Si l’aiguille a transpercé le pli, recommencer tout le processus en prenant une nouvelle aiguille. Aspirer un peu en tirant doucement le piston en arrière afin de vérifier l’absence de sang. Il est essentiel d’éviter que le médicament entre dans une veine. Si une veine a été touchée, du sang devrait apparaitre dans la seringue lorsque l’on tire légèrement le piston en arrière. Des bulles d’air dans le médicament dans la seringue après aspirations peuvent indiquer que l’aiguille a traversé le pli de peau de l’autre côté. Si tout est normal, tenir la seringue presque parallèlement au corps et injecter lentement.
Dans des cas rares, l’injection de pénicilline pourrait provoquer des convultions, une perte de connaissance ou une mort subite chez les lapins même lorsque toutes les précautions sont respectées (injection lente et vérification de l’absence de sang dans la seringue). Les raisons exactes demeurent incertaines. Il peut s’agir d’une petite quantité du médicament entrée accidentellement dans une veine, d’une réaction allergique rapide et soudaine même chez un lapin qui tolérait bien la pénicilline auparavant, ou d’une réaction liée au stress et/ou à la douleur lors de l’injection chez un lapin affaibli.
Certains vétérinaires recommandent de diluer la pénicilline afin de reduire ce risque. Dr Philippe Vanhée conseille de mélanger une part du médicament avec 3 parts de sérum physiologique, ou NaCl 0,9% pour injections. Il a appris cette technique à ses débuts auprès d’un vétérinaire expérimenté. D’autres sources mentionnent aussi eau stérile pour injections et solution Ringer’s Lactate. Dr Philippe Vanhée a injecté des penicillines diluées en sous cutané à des lapins de tout âge, y compris des lapins très affaiblis, et depuis qu’il utilise cette méthode, il n’a plus eu aucun accident.
La dilution aide aussi à éviter que la pénicilline s’épaississe dans l’aiguille et l’obstrue.
D’autres vétérinaires pensent que mélanger de la suspension de pénicilline avec de la solution aqueuse comme le NaCl 0.9 % pourrait changer la vitesse de diffusion du médicament, affecter la stabilité du médicament, raccourcir l’effet prolongé ou entraîner une surdose au début et un effet insuffisant ensuite. Selon Dre Ekaterina Novikova, il est fort probable que la dilution ne sera pas dangereuse, mais la diffusion de pénicilline sera alterée.
Quoi qu’il en soit, nombreuses personnes ont dilué ainsi la pénicilline sans effet indésirabe. J’ai lu plusieurs témoignages dans des groupes anglophons sur la santé des lapins.
Dre Ekaterina Novikova ne pense pas que la pénicilline puisse, à elle seule, provoquer une mort subite chez les lapins. Elle rapporte avoir observé des décès soudains après un bruit fort, lors du lavage d’une plaie avec du NaCl 0.9 % ou après l’injection d’autres médicaments. Aucune cause évidente de décès n'a pu être identifiée.
Sources :
Vanhée, Philippe. RongeurS.net — Ressources vétérinaires NAC
https://rongeurs.net/
Novikova, Ekaterina. LaskaVet — Clinique vétérinaire NAC (Russie)
https://laskavet.ru/
« Periodontal Bacteria in Rabbit Mandibular and Maxillary Abscesses » Kerin L Tyrrell, Diane M Citron, Jeffrey R Jenkins, Ellie J C Goldstein
« Successful Eradication of Severe Abscesses in Rabbits with Long-Term Administration of Penicillin G Benzathine/Penicillin G Procaine » Marcy E. Rosenfield (Moore)
« Antibiotiques Antiviraux Anti-infectieux » Yves Mouton, Édouard Bingen, Yves Deboscker, Luc Dubreuil
« Saunders Handbook of Veterinary Drugs » Mark G. Papich
« Plumb’s Veterinary Drug Handbook » Donald C. Plumb
« Handbook of Veterinary Pharmacology » Walter H. Hsu